Pour les plus distraits qui prendraient ma prose approximative en cours de route, l’autoproduction est le fait pour un musicien, auteur et/ou compositeur, de produire par ses propres moyens un enregistrement — un phonogramme, un album, un single... enfin, tout ce que vous voulez qui finit en -amme, en -um, ou en -gle.
La « production » en question (encore un anglicisme) désigne tout autant la réalisation artistique que l’aspect financier.
L’autoproduction est le plus souvent le fait d’un artiste en début de carrière — n’ayant jamais eu l’expérience d’un premier contrat discographique.
Petite digression : aujourd’hui, les problèmes dans le secteur de la musique enregistrée aidant, il est de plus en plus courant pour un groupe ou un chanteur (ayant déjà eu une carrière plus ou moins longue) de se voir confier une grande partie de la production de leur disque.
Évacuons toutes les questions qui fâchent.
- Combien d’exemplaires d’albums autoproduits peut-on écouler ?
En général, très peu. Mais plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Si le groupe en question fait beaucoup de concerts, et qu’il draine un public fidèle à chaque fois, on peut atteindre entre 500 et 1500 exemplaires en l’espace d’une ou plusieurs années.
Généralement, si la prestation scénique s’est révélée excellente, le nombre de CD vendus en sortie de concert augmente en conséquence. C’est d’ailleurs la meilleure stratégie à adopter.
Car, pour ce qui est du placement en magasin (lorsqu’il existe), à condition que le groupe ait suffisamment de visibilité (article dans un journal local, affiches, concert dans la semaine), il peut espérer vendre jusqu’à 40 exemplaires en une semaine... mais ce cas est des plus rares. Souvent c’est autour de 2 à 3 CD, voire aucun...
Au final, si les ventes ont plafonnés entre 500 et 1500 exemplaires, l’affaire est plutôt bonne pour le groupe, même s’il ne peut pas espérer pouvoir en vivre.
Au-delà de 3000 à 4500 exemplaires, cas de plus en plus rare aujourd’hui, le groupe peut prétendre à une signature (du fait qu’il démontre sa capacité à fédérer un public).
Au-dessous de 500 exemplaires vendus, vous êtes dans la majorité des groupes débutants actuels.
- Et sur internet alors ?
Généralement, les chiffres sont infimes. Les internautes n’achètent pas systématiquement l’album d’un artiste connu, et ce, malgré l’affection qu’ils peuvent lui porter. Alors, pour ce qui est des groupes autoproduits (dit « indépendants »), c’est la bérézina. Les auditeurs prêts à bourse délier pour un artiste hors contrat existent malgré tout. Mais ils sont trop peu nombreux. Le mythe de la gratuité fait sans doute plus de ravage dans les rangs des musiciens sans signature, que pour les autres — pour qui la notoriété apporte aussi une crédibilité, et donc une possibilité de rebond malgré tout.
- Comment les artistes indépendants pourraient-ils s’en sortir ?
Je n’ai pas de réponse toute faite, mais je serai plutôt enclin à penser que si les autoproduits se fédéraient sous la forme d’une coopérative gérée par et pour des artistes, cela pourrait leur ouvrir certains horizons. Mais pour le moment (et ce moment semble durer une éternité), il en va de l’autoproduction comme de l’internet : c’est à celui qui tirera le premier la couverture à lui. Et donc jouer au jeu de dupe que représentent les MySpace ou autres... car il n’y a guère de hasard sur le peu d’artistes signés par ce biais. Colbie Caillat est un bon exemple.
Quant à fantasmer sur la mort des majors (si, si, j’ai eu une question allant en ce sens) : que cela arrive ou non, ne sera pas encore une fois à l’avantage de l’artiste en quête de signature. Je m’explique plus avant.
L’édition musicale est un des nombreux maillons du secteur de l’industrie de la musique. Si les majors companies décident (cas improbable) de cesser toute activité, c’est toute la chaîne industrielle (diffuseurs, fabricants de matériel...) qui s’organisera pour passer à autre chose : et laissera l’artiste en quête de signature le bec dans l’eau — pour toujours.
Ceci étant dit, une société sans Rock, ni Hip Hop, existait il y a soixante ans en arrière. Et tout le monde pouvait vivre sans... Il y avait le Jazz comme musique contestataire... (Aujourd’hui, la « contestation » c’est avoir un iPod, plutôt qu’un Archos. Le choix de l’appareil secondant la qualité intrinsèque de la musique enregistrée...). Je vous laisse méditer sur l’avenir sombre qui se profile.
- Parlons chiffons. Je décide de vendre mes chansons sur iTunes. Vais-je devenir la nouvelle star ?
Euh...non ! En plus, vous ne gagnerez même pas de quoi payer le restaurant à votre copine. Les chiffres de ventes pour un artiste connu ne sont pas mirobolants sur iTunes, même si, la musique dématérialisée est en progression constante chaque année. Mais pour ce qui est des autoproduits, comptez la plupart du temps moins de 50 albums vendus... et encore, lorsque les ventes ne se font pas sur un titre à l’unité.
Sachant que l’indépendant ne sera pas traité de la même façon par Apple, que les majors : il faudra dans un premier temps que le groupe (ou chanteur) autoproduit passe par une structure de distribution intermédiaire qui elle, effectuera le placement sur l’iTunes Music Store. À moins bien sûr, que l’artiste possède déjà une discographie conséquente, et une structure de production avec immatriculation au registre du commerce. Certains font sans, mais ça les regarde après tout.
Donc pour un album à 9,99, comptez un peu moins de 7 € qui reviendront dans la poche de l’artiste autoproduit. À 50 exemplaires, qui représentent le premier palier vers la gloire, vous pouvez engranger 350 €. Lorsque vous avez déjà déboursé la même somme, voire parfois deux à trois fois plus, pour enregistrer votre album... Ce n’est pas rentable. Les entrées restent minces — surtout si vous payez toutes les charges fiscales inhérentes à ce type de commerce.
Et si vous avez vendu 50 singles, vous avez dès lors 35 euros en poche. À 10 euros la pizza en province, vous pourrez au moins vous nourrir... 3 fois et demie.
Toute la question est : combien de ventes ferez-vous ?
Ceci étant, si vous êtes l’exception qui aligne 500 ventes en quelques mois sur iTunes (voire plus encore) : encore une fois, votre carrière est assurée !
Conclusion partielle
Si l’on ne peut vivre de l’autoproduction, il en va autrement des concerts — qui reste le seul moyen, pour un « artiste » en quête de signature, de gagner un peu d’argent.
La vente de CD rapporte bien plus que la vente d’album sur internet. Seul hic : l’investissement de départ n’est pas le même. Aussi, si le groupe indépendant souhaite survivre (avec un marché du disque en crise), il doit se comporter comme une entreprise — avec la même rigueur et les mêmes objectifs.