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Pamela Hute - v1.1Pamela Hute - v1.1

Loin, très loin de la chanson française misérabiliste pour postadolescents trentenaires en crise identitaire, Pamela Hute sculpte le son du rock au stylet. Une madeleine « PJ Harvey-sque » — période Too Pure, lancée dans la marre des Katerine A. Delerme.

La culture de masse — avec tout ce qu’elle draine en légendes et chimères — fait fi de toute dissidence. Las, Pamela Hute ne donne pas dans le consensuel. Bien sûr, évoquée ainsi, on pourrait s’attendre à une révolution esthétique majeure. Pourtant, il n’en est pour le moment rien. L’enregistrement ne verse pas dans la musique concrète, voire polytonale. Dans le fond pourquoi pas, le monde « pop » serait sans doute mûr aujourd’hui pour accepter telle dissonance. Non. Le point de désaccord sociétal se situe au niveau linguistique. Un groupe français n’a pas d’autres choix que d’adopter sa langue maternelle. De cette idéologie qui met sur le même plan identité nationale et exigence artistique, Pam n’en a cure. Et elle a fichtrement raison.

Le pari ne s’avère payant qu’à long terme, à condition de tenter l’exil vers la perfide Albion chère à Bossuet — voire plus loin encore. Le chanteur Almo, tout juste de retour en France, en est la meilleure preuve. En attendant, l’EP v1.1 demeurera aux yeux de certains décideurs comme une maquette de luxe, et aux fans, un excellent enregistrement « indépendant ». Ce n’est pas mon avis. Pamela Hute v1.1 est un excellent disque. Point barre. Il n’est pas excellent dans la catégorie « indie », il n’est pas excellent dans la catégorie « combo underground ». Il est excellent tout court.

La segmentation — forcément — volontaire du marché, la représentation fausse du petit artiste seul face aux mastodontes de l’industrie du disque est l’un des nombreux constituants du brouillage radar à destination des happy few, ados en cours de bachelorisation de masse, grévistes de l’internet, et autres fanatiques des Télékuptibles...

Évoquer Pamela Hute sous cet angle évite aussi les lieux communs tout comme les examens de conscience. Avant de parler d’absence de signature sur un label comme une injustice, vaudrait-il mieux s’interroger sur son corolaire. En l’absence de crédibilité médiatique — car n’ayant pas été frappé par le sceau officiel du contrat éditorial, il y a peu d’espoir qu’un public se presse massivement pour acheter une oeuvre phonographique dissidente. Tout au plus se contentera-t-on de se passer le disque de la main à la main. De quoi asséner le coup de grâce, tuer l’artiste in utero. Heureusement, le public rock suit, plutôt massivement. Un geste que l’on espère salvateur.

Les 6 titres que compose ce mini-album n’a même pas eu le temps d’enfiler les atours de la modernité circa 1983 — toujours en vogue — que l’on murmure déjà une oeuvre plus complexe à venir. Pendant que certain s’enflamme avec quatre « f » sur une Justice d’une banalité affligeante, confortablement installé dans leur appartement de Chelsea, Pamela Hute chante au diapason de la mode des dix prochaines années.

La qualité artistique du disque en révision 1.1 donnera du grain à moudre à ceux qui espèrent un jour concourir au jeu Warholien de la nouvelle star. Car hormis les finalistes de l’émission télévisuelle éponyme, aucun groupe de rock contemporain en devenir n’est capable de rivaliser avec elle et ses musiciens.

Pamela Hute, EP v1.1

David Am

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