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Mastering et pré-mastering, quelles différences ?Mastering et pré-mastering, quelles différences ?

Souvent amalgamées, ces deux notions renvoient à deux réalités différentes, mais qui ne s’opposent pas, bien évidemment. En ligne de mire, il est question de fabrication d’un phonogramme.

Le mastering est la préparation d’un enregistrement en vue d’une fabrication en usine (CD, Vinyles,...), ou d’une diffusion par un quelconque moyen technique. Le support « maître » final varie selon les époques. Actuellement, le master peut être un CD-R (fortement déconseillé même si la quasi-totalité des usines l’accepte), l’éternelle bande U-Matic PCM 1630,...

Plusieurs choses sont à préciser :

  1. Le mastering est un service payant. L’ingénieur part du mixage pour l’amener au stade de la fabrication. Dans ce cas, vous ne vous occupez plus de rien. Et vous obtenez un produit pouvant rivaliser avec ceux des éditeurs.
  2. Pour le cas d’une autoproduction, l’usine de fabrication dispose d’un technicien qui va seulement s’assurer que votre mixage sur DAT, ou CD-R reste « dans la norme ». Diverses opérations de nettoyage peuvent être effectuées soit à la demande du musicien, soit directement par la personne en charge du « master ». Mais il n’est pas question ici de transformer — sans surcoût — la nature de votre enregistrement. Je rappelle quand même que ce type de service est « gratuit » (inclus dans un forfait plutôt) donc vous ne pouvez rien exiger !
  3. Évitez tout « pré-mastering »...si vous avez les moyens.

Le pré-mastering est souvent synonyme de « mastering à la maison » — ce qui n’est pas son acception première ! Originellement, le Pre-Master est un format développé par Sony, au début des années 90, en vue de produire un nouveau support maître pour la duplication en usine. La seule et unique station de travail est fournie (encore aujourd’hui) par Sonic Solution. Par extension, avec l’arrivée des solutions direct-to-disc semi-pro au milieu des années 90 (technologie VST), l’idée a germé chez les éditeurs de fournir des outils logiciels pour préparer le master, chez vous, en vue d’une duplication à grande échelle, ou simplement pour tenter d’approcher le son des disques professionnels.

À savoir :

  1. Aucun ingénieur de mastering (boutade : Bob Ludwig par exemple) n’acceptera votre « pré-master ».
  2. Comme vous n’êtes pas naïfs, vous n’ignorez pas que les éditeurs ont trouvé un marché plutôt vaste, avide de nouveautés, et cautionné par des artistes sous sponsorat. Beaucoup de plug-ins sont utiles dans un contexte de mixage, mais se révèlent dévastateurs dans l’élaboration d’une bande maître.

Présentisme et industrie culturelle de masse (au-delà du mastering)

Le sujet soulève une autre question que je développerai sans doute ultérieurement sur les mythes et réalités de la musique pop (ou plutôt de la production musicale de masse). Il est paradoxal d’être à la fois : contre l’industrie musicale d’une part, et vouloir d’autre part adapter son oeuvre aux standards de cette même industrie. Le principe même du « mastering », c’est cela : adapter son oeuvre à des normes industrielles (pas uniquement avoir le « son »). Ce qui implique en filigrane : un FORMATAGE. Vous vous pensiez rebelle ? Ah, ben c’est raté !

Avec la profusion de technologies musicales de qualité discutable (formats compressés proposés par l’iTunes music store principalement), musiques sur téléphones mobiles (...), on peut se demander quel rôle tient encore la pratique du mastering pour l’oeuvre dématérialisée ?

À ceci s’ajoutent d’autres facteurs liés à la pratique sociale contemporaine :
- des oeuvres amateurs techniquement peu exigeantes mises sur le même plan que celles des éditeurs.
- Les opérateurs de télécommunication ou de diffusion prenant peu à peu le pas sur ces derniers. L’objectif principal étant ici quantitatif et non qualitatif.
- Une idéologie discutable sur l’absence supposée de lien entre la forme (la qualité technique) et le fond (la qualité artistique). Avec en point de mire, la ré-invention du passé. (Petite boutade : un jour une jeune plume expliquera très sérieusement que les Beatles (et George Martin en particulier) avaient contribué à l’élaboration du son « lo-fi »).
- La dématérialisation implique également un culte de l’éphémère, de la vacuité et donc en fin de compte, a surgi au nom du présentisme, le mythe de la « gratuité », de l’absence d’effort (y compris culturel).

David Am

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