Évacuons de suite toute incompréhension par cette tautologie : derrière le conformisme affiché des nouveaux produits du catalogue Apple, se cache une perspective entreprenariale clairvoyante. L’artiste cultive sa réputation de créateur avant-gardiste pour clientèle clubiste, mais son ramage ne cache évidemment qu’un gros fromage : le profit à court terme et un pillage sans vergogne de toutes les idées antérieures de la marque.
Au rayon de l’autocitation, on peut noter une gamme d’iPod Nano repompant furieusement le design des excellents iPod Mini. La déclinaison en différents parfums (fraise, concombre et bleuet) trouve sa justification dans une guerre de positionnement face à Creative. Tout comme les Stones ont radicalisé leur discours au moment même où Aerosmith chassait sur leurs terres. Who’s the boss ?
iTunes 7 se retrouve affublé de la même icône qu’iTunes 2, le design ressemble à s’y méprendre à Final Cut premier du nom, ou plus récemment Aperture. Tant qu’à faire, on recycle également les idées des autres : la fenêtre d’exploration des nouveaux ajouts n’est autre que le partagiciel Coverflow récemment racheté, tout comme Spotlight n’était qu’un dérivé de LaunchBar — et n’évoquons même pas la paternité de Dashboard.
Apple est avant tout une usine à faire fantasmer le consommateur, à valoriser son égo. En cela, elle est intimement pop. Mais il faudrait sans doute être naïf de croire qu’après un règne aussi long, le roi de l’alternative informatique cache encore de belles conquêtes. Steve cautionne de merveilleux produits, plus intelligents que le moyenne, en attendant la relève. Picasso peignait à cette période ses autoportraits — et les Rolling Stones restent encore aujourd’hui bloqués sur Exile on main Street. Le générique commence, pendant que les spectateurs quittent la salle — un peu mélancolique, mais tout de même content d’avoir participé à tel spectacle.