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I'M NOT DEADI’M NOT DEAD

À plusieurs titres d’ailleurs. Réduire l’actualité musicale de cette année à un seul disque rentre définitivement dans le champ des possibles. C’est la raison pour laquelle j’ai jeté mon dévolu sur le dernier album de la chanteuse américaine Pink. Le choix ne résulte pas d’un hasard. Je vais certainement décevoir plus d’un candidat au noviciat - mais la messe est dite.

Le postulat de départ impose d’emblée plusieurs éléments. Historique en premier lieu : non la musique n’est pas un éternel recommencement. Esthétique ensuite. Les courants artistiques naissent et meurent. Il en va ainsi comme de la vie. Enfin : le relativisme cognitif qui permet d’entretenir toutes les chimères ne change rien aux faits. Il ne suffit pas de regarder ailleurs pour qu’un phénomène s’efface de lui-même.

Aussi, dans ce mode, une chronique de disque acceptable devrait compiler de souverains poncifs. Y ponctuer le texte d’allusions fondées sur l’équivoque de mots à ressemblance phonétique comme je viens de le faire. Partager le tout en trois parties à la manière d’un devoir scalaire. Non, le paronyme n’est pas fortuit : il correspond à toute l’idéologie postmoderniste. À l’envi, bourrer le tout jusqu’à la nausée d’une candeur mal assumée, où les orchestres les plus minables sont injustement méconnus, où tout produit du catalogue d’une major est forcément suspect, où le cap du deuxième album est toujours difficile pour un artiste, où chanter faux est la preuve d’une démarche authentique, où la qualité d’écriture se mesure à l’aulne de ses ornementations. La liste est malheureusement non exhaustive.

Seulement, dans cet océan d’approximations, où les mots sont pervertis, sans rapport aucun avec la réalité musicale, dévoyée par des dividus se rêvant auteur, surnage le culte d’une adolescence qui n’en peut plus de se poursuivre - parfois même bien au-delà de la trentième année d’existence.

C’est ainsi que s’ouvre le quatrième album d’Alecia « Pink » Moore, 24 ans au compteur. Passé le cap de la provocation à 50 centimes - gros clin d’oeil - avec Stupid Girl, la chanteuse se révèle être une protest singer de premier ordre. Je complète immédiatement : à condition ne pas connaître les Joan Baez, Suzanne Vega, Tanita Tikaram, Tracy Chapman, voire PJ Harvey période Too Pure. Là où ses aînées menaient un combat politique, Pink est tout simplement rebelle, comme on le serait à 15 ans. On passe donc, de la revendication sociale à celle plus singulière, de l’égo. Exception faite de la chanson Mr President, le reste de l’album beugle les affres de l’adolescence avec l’aplomb du discours militant.

Être éconduite (Who Knew), les excès (Cuz I Can), les questions existentielles (Conversations With My 13 Year Old Self), les excès et les questions existentielles (I’m Not Dead), les contradictions amoureuses (Leave Me Alone), ah la la c’est dur la vie (Long Way To Happy), se masturber (Fingers), ne pas être prise pour une potiche (les deux tiers de l’album).

En faisant fi de toute la musique populaire des 55 dernières années, on pourrait décréter I’m Not Dead, meilleur album Rock de l’année, sans plus attendre. Rock dans son acception originelle. Car Alecia Moore a les tripes d’une Marion Raven qui se serait injectée du Joan Jett.

En fin de compte, c’est un bon disque, de bons fichiers AAC, de la bonne musique dématérialisée, de quoi y perdre son B.A.S.I.C. D’ailleurs, I’m Not Dead est décliné en un nombre incalculable de versions : DVD, DVD et titres bonus, CD et DVD en pressage américain, puis en édition internationale perdant un titre mineur au passage. C’est aussi un business qui rapporte.

Si vous possédez la discographie du Prince (de For You jusqu’au Black Album), un ou deux albums de PJ Harvey, si Gwen Stefani vous déprime, et si vous conseilleriez à Avril Lavigne d’aller se laver les cheveux, jetez-y quand même une oreille attentive.

Les autres seront probablement « trop » conquis, et pourront même à l’occasion réécouter l’intégrale dans un prochain épisode « trop bien » de Véronica Mars.

« Come over here and let me hold your hand and hug you darling / I promise you that it won’t always feel this bad / There are so many things I want to say to you / You’re the girl I used to be / You little heartbroken thirteen year old me ».

Symbole d’une génération ? C’est dur de grandir.


 PINK - I’m Not Dead (LaFace Records)
 Appréciation personnelle : 8,5/10
 Appréciation de la rédaction : 10/10

David Am

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