Combien de temps vous a pris l’enregistrement de ce mini-album ?
Nous avons enregistré l’album en un week-end dans mon studio. Le mix a pris plus de temps. L’EP était terminé en environ une semaine.
Qu’est-ce qui vous inspire particulièrement ?
Je n’ai pas de source d’inspiration. La musique que j’écoute, ma culture, tout cela influe sur mes morceaux. Mais je n’ai pas de méthode miracle de composition, je n’ai besoin de me mettre dans aucun état particulier pour être « inspirée » et composer. C’est comme ça, ça vient vraiment tout seul.
Le processus créatif est-il encore douloureux ? Pouvez-vous décrire votre façon de travailler ?
Douloureux non, mais parfois écrire permet, à travers la concentration que cela suppose, de s’extraire du monde environnant. Je compose toujours seule. Souvent à la guitare électrique, parce je travaille sur le son en même temps que j’élabore la mélodie. Une fois que j’ai un riff ou un début de chanson, je l’enregistre au bon tempo, et je chantonne en yaourt. Ensuite tout se construit petit à petit autour de ces pistes témoin et souvent la version démo finale n’a rien à voir avec le premier jet. J’écris les textes une fois que je suis satisfaite de ma mélodie en yaourt, j’écris assez vite, pour attraper des pensées très fugaces, des moments, des images. Je ne raconte pas d’histoire ou très rarement. Puis je réenregistre la ou les voix définitives. Et je mixe.
La légende voudrait que certains songwritters prolixes comme Elvis Costello se forcent à écrire tous les jours. Un peu à la manière de l’écrivain. Ce qui dans les faits ne se justifie pas forcément. De votre côté, continuez-vous à composer en ce moment, ou un peu de repos s’avère-t-il nécessaire ?
C’est à mon sens une histoire de temps. En parallèle à l’élaboration de cet EP 6 titres Nico, Laurent, Egee et moi travaillions la mise en place en live. Cela a pris du temps et nous a demandé beaucoup d’énergie. Je composais donc assez peu à cette époque là, essentiellement par manque de temps. Mais chez moi la composition est presque compulsive, je compose énormément et très vite ; évidemment, il y a de mauvaises choses dans le lot, mais c’est le jeu.
Entre la Pamela « PJ Harvey » Hute et la Pamela « Aimee Mann » Hute, l’équilibre est-il difficile à maintenir ? D’une façon générale : pourquoi choisir le Rock comme mode d’expression ?
J’ai découvert PJ Harvey assez tard et j’ai assez peu écouté par rapport à d’autres groupes... quant à la musique d’Aimee Mann, elle m’ennuie. C’est drôle ces comparaisons. Le rock c’est ma culture. J’ai tout écouté, du métal des années 80, du blues, de la musique classique, de la pop à l’Anglaise, mais le grand choc musical a été le grunge dans les années 90. C’est une page du rock que je trouve complètement sous-estimée. Sonic Youth, Meat Puppets, Nirvana, Veruca Salt, et j’en passe. J’adore cette association entre les guitares hurlantes, le côté heavy des rythmiques et la dimension ultra mélodique des parties chantées. Je recherche cette simplicité-là. Du rythme, même un peu sec et répétitif, des guitares assez agressives, mais pas trop, et une mélodie qui attrape l’auditeur, qui exprime quelque chose indépendamment de l’apparat sonore énergétique qui l’entoure.
Avez-vous déjà proposé votre travail à un directeur artistique ? Pourquoi ?
Non jamais. Je suis assez indépendante dans ma manière de travailler et d’envisager ma musique. Je sais très bien ce que je veux, j’ai des idées d’arrangements, de sonorités, j’ai une vraie vision de mon travail. Cependant, l’émulation de groupe permet d’affiner tout cela. Chacun met de sa personne dans l’instrument qu’il joue, et si la sauce prend, la personnalité de chacun vient renforcer la démarche initiale. Un groupe s’il fonctionne bien permet de se passer d’un directeur artistique. Je crois que c’est juste une histoire d’imagination. Entourée du crew Pamela Hute, j’ai assez d’imagination pour être autonome dans ma démarche musicale.
Les éditeurs phonographiques ayant peu à peu baissé les bras quant à la pratique d’une politique de signature audacieuse - et à la lumière des événements récents concernant la directive européenne sur le droit d’auteur : avez-vous un sentiment de défiance vis-à-vis du monde du spectacle ?
Un peu. Mais c’est difficile de répondre aujourd’hui. Je découvre à peine les rouages de ce monde là, dans sa dimension professionnelle. Et puis dans le rock, surtout en France, c’est encore différent. Plus que de la défiance, c’est l’envie d’avoir une certaine autonomie afin d’avancer, sans attendre le jugement imparable des maisons de disque. Je n’ai pas envie de perdre de temps en élaborant un discours engagé par rapport à tout ça.
Que faites-vous en dehors de la pratique artistique ?
J’ai terminé mes études à sciences po. Je suis entièrement concentrée sur mon projet musical.
Considérez-vous comme Philip Glass qu’avoir un métier traditionnel, hors de l’espace musical, permet de garder les pieds sur terre ?
Je crois exactement l’inverse. Oui, l’espace de création est un espace très particulier, passionnant, et isolant. Mais le métier de compositeur est un métier comme un autre, et c’est une vocation qui exige de garder le sens des réalités, sinon on se retrouve vite paralysé.
Comment voyez-vous l’avenir de votre musique, voire celle de la chanson d’une façon plus générale ?
Le rock bénéficie d’un regain d’intérêt depuis quelques années. Il est très à la mode. C’est difficile de se détacher de cette masse et de percer. Mais je continue à croire que c’est possible. Je ne me considère pas comme faisant une musique à la mode, mais comme quelqu’un qui défend une subjectivité artistique et qui essaie d’écrire des chansons . Plus généralement, la musique est très contaminée par ces phénomènes de mode qui écrasent beaucoup de talents. Mais c’est comme ça. Je reste convaincue qu’il est possible de trouver sa place dans cet univers là, avec du bon sens, de la persévérance, et de la cohérence artistique.
Chanter dans la langue de Brett Easton Ellis, est-ce un choix esthétique ?
Absolument. J’adore le français. Mais le rock n’est pas une musique qui se chante en français.
Si je vous dis :« Confusion in her eyes that says it all/She’s lost control/And she’s clinging to the nearest passer-by/She’s lost control/And she gave away the secrets of her past and said/I’ve lost control again/And of a voice that told her when and where to act, she said/I’ve lost control again ». Là, vous me répondez...
Aucune idée. Mais Google est roi alors je dis... Joy Division.
© Crédit Photo Max-Pol Albert, E. Torrens
