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DEATH PROOF — Grindhouse 2e PartieDEATH PROOF — Grindhouse 2e Partie

À la naissance de chaque réalisateur/scénariste, il se créé un double négatif, qui — la nature étant plutôt bien faite —, disparaît sans laisser de traces... Missing (revu et corrigé par Chuck Norris, produit par Menahem Golan et distribué par Troma).

J’en reviens donc à mon histoire. À l’instar des pires nanars que le cinéma commercial ait portés : cette fois, les fameuses antiparticules ne se sont pas carapatées lors de la création de Quentin Tarantino. Il aurait pu être un boucher charcutier de talent (façon Delicatessen), mais il a décidé de pourrir l’existence du critique, quand cela n’est pas la vie du spectateur lui-même. Une histoire à la Hansel et Gretel — qui se finira, donc, bien (tôt ou tard).

Le règne des cancres

Tarantino fait des films sur des films, paraît-il. Non. Il s’adonne simplement au fétichisme, au sens ethnologique du terme. Rien à voir avec les travaux de John Alexander Coutts. C’est du Pomme-C, Pomme-V, depuis la copie du voisin, comme le ferait un cancre, avec la tentation de changer ici ou là quelques phrases — histoire de personnaliser un peu plus son anti-chef d’oeuvre. Reste au final une épreuve délavée, digne de délires adolescents, se racontant autour d’un diabolo grenadine ou d’une Pelforth le film le plus barge qu’ils aimeraient voir. Top fun.

Death Proof (Le boulevard de la mort dans sa vague traduction française) est donc un film hommage, sentant le fromage (moisi, est-il utile de le préciser) et dont le ramage (juste pour la rime) a des accents de Faster Pussycat Kill Kill de Russ Meyer, avec quelques ornements empruntés à John Carpenter, et bien sûr éructés à la manière de Trauma.

Brian Eno emploie l’expression “camp” pour désigner le cinéma délibérément exagéré de Tarantino. Et c’est bien la seule qualité que je lui concède. “Je voulais faire un slasher mais ce genre est devenu tellement rigide que les films finissent par tous se ressembler (...) J’ai essayé de faire autre chose, à partir de la structure de ce type de film.”, déclarait Tarantino il y a quelques jours. Reste qu’un abîme le sépare de Wes Craven ou Tobe Hopper. Là, où Kevin Williamson (scénariste de Scream) tisse son récit à partir d’une construction en 9 actes — à la manière de tous les films hollywoodiens contemporains par ailleurs, Quentin Tarantino n’en torche que deux. La première partie fait la part belle aux dialogues sans intérêt. Cela ne change pas. On note tout de même une petite amélioration depuis Reservoir Dogs : les répliques cessent d’être ampoulées, pour redevenir simplement triviales. La vacuité intellectuelle érigée en art est sans doute à ce prix. Le point d’orgue est bien entendu la mise à mort de quatre jeunes filles, dans des conditions atroces, et filmée avec une très grande complaisance dans la violence. Rien à voir avec Georges Miller circa 1980. Bien sûr la lâcheté a trouvé un alibi de poids : ce n’est qu’un pastiche. La bonne blague !

Pour ce faire, l’antiréalisateur a la très bonne idée de se débarrasser du cliché nihiliste du cinéma d’horreur. Car (roulements de tambour) dans la seconde partie, les futures proies féminines, se révèleront non seulement plus coriaces, mais auront la peau du vilain tueur. Évidemment, Tarantino est bien plus pudique sur l’extermination de la figure du mal (évitons les jeux de mots stupides, le film se suffit à lui-même), que lorsqu’il s’agit de réduire en charpie les personnages féminins. Parler de conclusion féministe à propos du dénouement de Death Proof est, pour le moins, risible.

Exploitation

Jusqu’à sa disparition, dans les années 80, le cinéma de type Grindhouse ne diffusait que des films à petits budgets, crapoteux, mais à la rentabilité maximale. Tout y passait : le porno, le gore, les vrais-faux documentaires sensationnalistes,... Il est donc utile de rappeler au passage qu’à l’instar de l’imprimerie (et ce, dès les premières années d’existence), tout comme pour l’internet actuellement, la pellicule n’était pas uniquement réservée à produire des oeuvres culturelles. Fallait-il pour autant lui rendre un tel hommage...appuyé ?

Tarantino parle d’oeuvre avant-gardiste à propos de Death Proof, sans doute vaut-il mieux feindre de ne pas avoir entendu. Tout ici n’est que du cinéma narratif.

Pour aller au plus près, la pellicule même si elle est “à bout de souffle” chez Tarantino, ne doit rien à Godard. Exit donc, les Bill Viola, Michael Snow — ou plus particulièrement Norman McLaren, qui lui, fait un vrai travail sur la pellicule au sens propre comme au figuré.

Si je devais retenir un élément positif de ce simulacre, ce serait sans difficulté sa coupure forcée avant la fin du premier acte.

Singeant à la perfection ses modèles du cinéma d’exploitation, une bobine du film se fait donc porter pâle, élaguant du coup une partie du métrage et de sa pseudo-histoire. (Oui, d’accord, Benny Hill faisait la même chose en son temps). Hélas, Quentin Tarantino a quelque peu manqué d’audace. Il aurait dû prolonger cette coupure jusqu’à la dernière image du film — permettant ainsi au spectateur inspiré de recréer lui-même toute la narration. Nous serions alors rentrés dans un débat quasi métaphysique sur l’influence de l’oeuvre sur son public. Une prochaine fois sans doute.

Dans sa version originale, telle que présentée aux États-Unis, un second film précède le Boulevard de la Mort, réalisée cette fois par Robert Rodriguez. Ma plume remplit d’élixir de lucidité étant bientôt en panne sèche pour la journée, je m’épargne la peine de vous dépeindre Planet Terror.

David Am

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